Last Call for the Ark of Connectivity
Quelques documents rares pour ce solstice de juin.
En compagnie de Belinda, d'Éric Gingras et de sa compagne de l'époque Guylaine Pelletier (elle était de celles faisant des voix sur l'album N'écoutez pas de Fly Pan Am... Le faux pas aimer vous souhaite d'être follement ami déjà mentionné sur ce blog), je suis allé écouter Ark Of Infinity. Il me semble que c'était dans une salle au-dessus du Bar Darling, sur le boulevard Saint-Laurent. Dans mon souvenir c'était immense, avec de grandes fenêtres surplombant la rue. Anyway, durant l'intermission, Jahsun et la gang découpaient et assemblaient les pièces pour fabriquer cet album, inséré dans une boîte cartonnée vintage pour bande magnétique.
Peut-être deux ans après ce concert du boul. Saint-Laurent, Eric et Belinda ont joué avec Jahsun à la Casa del Popolo. Ce dernier était venu s'asseoir à notre table et, tout en discutant avec nous, il avait facilement mis 25 minutes à confectionner un spliff, avec une petite lame et une petite planche pour couper l'herbe et tout ça... en plein accord avec la tradition nyabinghi.
Si mes souvenirs sont bons, en plus de Belinda (sur son fidèle concertina), il y avait Francis Amireault (de Cian Ethrie) qui jouait du saxophone ténor malgré que ça ne faisait que deux semaines qu'il s'était décidé à essayer de l'instrument, avec les Fly Pan Am Jean-Sébastien Truchy (basse électrique) et Félix Morel (drums), et notre cher Éric au maracas et au tambourin (et à la danse spontanée). Peut-être que j'oublie quelqu'un (peut-être qu'il s'agissait de quelqu'un d'autre à la basse). Il me semble que Jahsun bidouillait aux électroniques. Toujours est-il que nous avions affaire à un truc d'improv intégral, ensemblé au comme-bon-me-semble par je ne sais plus qui. Y'a des soirées comme ça à la Casa.
Ce genre de rencontres ne marche pas toujours. Je me souviendrai toujours d'un Peter Brötzmann qui avait pété les plombs et quitté la scène en jouant avec un Sam Shalabi médusé dont l'ampli avait décidé de défoncer sans raison apparente... « I can't create in these conditions. Even your shit is abandoning you. »...
En allant voir une prestation de Martin Tétreault aux Instants Chavirés à Montreuil, j'avais reconnu Philémon Girouard - des Napalm Jazz - qui y travaillait dans les cuisines (faire bouillir un chaudron de patates lui avait donné le temps de nous amener juste à côté prendre un espresso) et je lui avais raconté l'anecdote entre Bröz et Shalabi...
pour ensuite recroiser Philémon par hasard dans une salle mystère nichée à l'intérieur d'une cour parisienne pour un concert d'un saxophoniste soprano inouï - dont j'oublie pourtant le nom - en duo avec la pianiste Sophie Agnel qu'on pouvait entendre récemment sur la bande originale du film The Brutalist...
Le choix des musiciens pour ce film est peu banal. Ils proviennent tous de la scène free improv européenne. Allant des contemporains du Bröz des années 1960 (John Tilbury et Evan Parker) jusqu'à des musiciens plus récents qui ont débuté dans les années 1990 (Axel Dörner, Steve Noble) ou 2000 (Hilary Jeffery, Seymour Wright, Joel Grip), etc.
D'ailleurs, j'avais vu jouer Han Bennink en solo à la Sala Rossa - la salle soeur de la Casa del Popolo - et lui aussi avait défoncé un truc: son snare - une partie vitable pour un drummer - , mais le technicien son sur place était venu lui en installer un de rechange, pendant que Bennink continuait à jouer sur son tom ou sur ses cymbales « This little tour is going to end up costing me », qu'il s'était exclamé parmi tout ça...
And let's mention this as well, why not? About some of the stuff Bröz mentioned during that Red Bull thing.. Lorsque John Cage et David Tudor sont allés au Japon en 1962, c'était pour beaucoup sur l'invitation du compositeur Toshi Ichiyanagi...
et son épouse Yoko Ono s'était retrouvée à devenir leur interprète pour la durée de ce séjour...
C'était inclus dans la vidéo au-dessus, donc...
Ceci dit, demain soir, dans le cadre du festival Suoni Per Il Popolo (toujours à la Casa del Popolo), la Kalmunity ouvre un speakeasy. On y remarque la présence de Aaron Leaney, compère de Raphaël Foisy-Couture du trio Bord À Bord.
Maintenant on effectue un bond à l'année 2017 où je me retrouve à Saint-Hyacinthe dans un autre bar. Discutant de musique avec un type, il m'apprend qu'il avait autrefois étudié la composition de musique contemporaine. Je l'observe de plus près et lui demande si son nom ne serait pas Vincent Collard par hasard. Le verbe anglais flabbergaster est tout à fait dans le ton pour décrire cette scène. Il revenait tout juste de Chine où il avait réparé un orgue, car il faut savoir que Saint-Hyacinthe a vu naître les Orgues Casavant, et Vincent y avait décroché un boulot. Il était bouleversé de rencontrer quelqu'un qui connaissait sa musique, quelqu'un ne faisant pas partie du milieu de la musique, proprement dit. J'avais en effet assisté aux créations mondiales d'environ quatre de ses pièces.
Il m'a dit avoir touché quelque chose comme 400$ pour sa musique, dont un chèque de 8 dollars d'une radio nationale européenne qui avait diffusé une de ses oeuvres. Nous avons discuté du piteux état de Radio-Canada. Depuis 2004, la société d'état avait mis fin à la Chaîne culturelle, devenant Espace Musique en 2007. Tout comme pour la CBC, les émissions de musique contemporaine avaient simultanément pris fin en juin 2004. Que ce soit Le Navire Night (qui diffusait des enregistrements de concerts de musique expérimentale) ou les émissions Nicholson et Two New Hours qui diffusaient des concerts de musique contemporaine du Québec et du Canada anglophone. C'était également la fin de Brave New Waves que j'écoutais durant mon adolescence. Avec le Arsenio Hall Show, c'était le seul autre lieu où je pouvais trouver de la musique rap (malgré l'heure tardive et l'école du lendemain matin).
En 2018, je lui avais proposé de participer à un projet (ainsi qu'à Enrique Lechuga) dans lequel je nous invitais à rechercher des aspects du surréalisme dans les musiques contemporaine, expérimentale et de jazz avant-gardiste. Pour ce faire, j'avais envoyé des enregistrements faits maison du compositeur Charles Ives. Ça avait grandement irrité Enrique, qui se lamentait de me voir abandonner la poésie, etc. De son bord, Vincent m'avait quant à lui signalé que je ne ferais qu'un exercice d'auto-suggestion, que je dénicherais dans toute musique des aspects "surréalistes" qui n'y sont fondamentalement peut-être pas du tout. Pour faire court, les deux avaient assumé que je voulais baser nos examens sur l'esthétique de ces musiques. Rien n'était plus faux. Ce projet venait plutôt de mes lectures des livres Charles Ives In the Mirror ainsi que le New Music, New Allies: American Experimental Music in West Germany from the Zero Hour to Reunification. Je tentais d'entrevoir comment des politiques comme le Plan Marshall ou le Soft Power, par exemple, sont venus embrouiller la création, afin d'ultimement nous puissions rescaper ce paquebot et transmettre un discours plus complet. En peu de mots, l'idée demeure toujours pour moi d'établir cette praxis poétique tel que le surréalisme l'entend. Je reparlerai des embûches rencontrées lors de ma tentative de lancer un groupe surréaliste à Montréal en 2008-2009. C'est pourquoi au lieu d'un groupe surréaliste, avant toute chose et pour un temps indéterminé, il nous fallait instaurer une Liaison Surréaliste du Québec avant même de pouvoir nous mettre à agir, en tant que groupe opérationnel, dans un Mouvement Surréaliste international.
Évidemment, dans ce projet d'examen de la musique, on se devait aussi de considérer les technologies disponibles et tout l'appareil qui nous les impose. Petit cours rapide sur la radio en Amérique du Nord. Au Canada, nous n'avons pas de radio numérique. Alors que la technologie DAB+ est la norme en Europe et ailleurs, par ici c'est l'IBOC américain. C'est à dire que nous devons nous restreindre à de la technologie numérique à faibles fréquences AM/FM et uniquement en stéréo. Pas de diffusion de concert live en son 5.1-Surround sur nos récepteurs, la Bande L ayant été offerte par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes à l'Armée Américaine pour sa surveillance par télémétrie.
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On va fermer pour aujourd'hui sur ce nouvel album de Stereolab.
Nous avons:
Laetitia Sadier à la voix, aux claviers et synthés, avec aussi un peu de guitare et même du trombone.
Tim Gane aux guitares, à l'orgue Vermona et au synthé Roland SH-5 vintage.
Xavi Muñoz aux basses et aux choeurs.
Joe Watson sur une douzaine de claviers et synthés de toutes sortes ainsi qu'aux choeurs.
Ainsi que
Andy Ramsay aux drums et électroniques.
Cooper Crain (du groupe Bitchin Bajas) a réalisé toutes les prises de son et a participé au mixage, tout en jouant de quelques synthés par-ci par-là.
L'album débute sur ce thème:
Enchaînant sur le single (la version japonaise contient un instrumental de la pièce, ajouté en bonus à la fin du CD):
Marie Merlet, qui a été du projet Monade de Laetitia Sadier, vient aider au chant.
Ensuite vient la chanson Melodie Is A Wound que nous avons déjà entendue sur la publication précédente de ce puissant blog. La suite de Instant Holo viendra avec la prochaine. Sur cette pièce, Rob Frye (un autre Bitchin Bajas) avait ajouté du saxo (ou autre bois) traité électroniquement. On y entendait aussi le percussionniste Ric Elsworth (principalement au bongo).
Ce 27 juin, Fishbone sortira un nouvel album. Ici, ils sont avec notre bon ami George Clinton.



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